L’Acceptation et la Pleine Conscience – 6/21

acceptation et pleine conscience

L’acceptation est le sixième pilier de la pleine conscience après le non-effort. Quand bien même nous aimerions nous raccrocher aux rives de la certitude, la vie est par essence une grande inconnue : nous ignorons complètement ce qui va se passer d’ici une heure et cette ignorance de l’avenir peut faire naître de la peur dans notre esprit. Si cette peur demeure trop longtemps, elle peut se transformer en anxiété et pourrir notre vie à chaque instant. De la même façon, nous pouvons nous attacher à ce que nous avons connu par le passé pour construire nos attentes du lendemain : par exemple, si nous avons connu des succès ou des déboires, nous nous attendons parfois à la même chose et ne manquerons pas d’être déçus ou surpris.

Dans un cas comme dans l’autre, même si nos actes passés ont semé des graines que nous récolterons un jour où l’autre, rien ne garanti que la récolte qui vient sera “bonne” ou “mauvaise”. En effet, comme la météo, la Vie est parfois inattendue et capricieuse : la floraison d’hier, qui semblait promettre une belle récolte pour demain, peut être détruite en un instant par une grêle imprévisible, une sécheresse sévère ou un parasite dévastateur. C’est ici que l’acceptation peut jouer son rôle salvateur : en nous exerçant à choisir le bonheur à chaque instant – à nous libérer l’esprit pour être heureux, à changer notre regard et à apprécier chaque jour tel qu’il est – nous apprenons à considérer nos peurs et nos incertitudes sous un angle tout à fait nouveau. En fait, il se peut même que nous découvrions que les pires catastrophes recèlent des trésors d’amour et que derrière les plus grandes souffrances se cachent de merveilleux cadeaux.

En effet, pour peu que nous regardions les choses en face et avec un certain recul, nous pouvons constater que chaque difficulté que nous traversons cache une opportunité de grandir, d’apprendre, de changer quelque chose, de se transformer. Ce que le chenille appelle la mort, le papillon l’appelle renaissance. Certes oui, mais la peur de la douleur et de l’inconnu n’encourage pas la chenille que je suis à accepter l’idée de la mort en la regardant dans les yeux. 😀 Mon ignorance de la nature du changement – de l’impermanence de tous les phénomènes – me pousse à rejeter ce qui est pourtant inévitable, incontournable! Tout change. Je change. Je vais mourir… Vivre dans le déni de la réalité me semble plus facile, moins terrifiant que l’acceptation des choses telles qu’elles sont. Quoi de plus naturel en apparence?

Pourtant, grâce à l’acceptation des choses telles qu’elles sont, nous découvrons que derrière le voile de fumée de la peur – la peur de souffrir, la peur d’avoir peur, la peur d’échouer, la peur de savoir, la peur de réussir, la peur de la mort – se cache en réalité la Vie. Et dans les coulisses de l’incertitude de l’instant qui vient, sommeillent des forces vitales qui peuvent nous surprendre et nous ravir de bonheur.

La non-acceptation nourrit le corps de souffrance

Imaginez que vous ressentiez une douleur physique ou mentale. L’acceptation sera-t-elle vraiment votre première attitude? Votre réaction naturelle ne sera-telle pas d’essayer d’ignorer votre sensation désagréable ou votre ressenti douloureux? Peut-être ferez-vous comme si vous ne ressentiez rien ou chercherez-vous à vous changer les idées en vous distrayant de toutes sortes de manières… Peut-être même tenterez-vous de noyer la souffrance sur-ajoutée à vos ressentis par vos ruminations en buvant de l’alcool, en consommant des médicaments ou des drogues.

Cette recherche de soulagement – par le truchement d’un comportement d’évitement – fonctionnera sans doute sur le très court terme! Mais les artifices et les leurres venant de l’extérieur ne tromperont pas longtemps la souffrance mentale intérieure qui resurgira, parfois de façon amplifiée, tel un prédateur dévorant le corps ou l’esprit. À moyen et long terme le risque sera de cultiver des comportements addictifs qui s’adresseront aux symptômes et pas aux causes de la souffrance.

On pourra alors ressentir comme un accroissement de la douleur. Et puis, petit à petit, on construira – avec le soutien de notre bavard intérieur – de la souffrance émotionnelle et mentale autour de cette douleur qu’on cherche à éviter, à ignorer, à refuser. Et tout cela ne fera qu’aggraver et entretenir le phénomène dans un cercle vicieux. On se demandera pourquoi cela nous arrive, à nous? Et pourquoi maintenant? On pensera peut-être que ça n’est pas juste, que c’est toujours sur nous que ça tombe, que ça fait mal et que nous ne voulons pas souffrir… Ou, à l’inverse, nous développerons une forme de culpabilité en pensant que nous ne méritons pas d’être en vie ou que méritons bien de souffrir et que c’est normal d’avoir mal, etc.

Dans tous les cas nous élaborerons tout un discours interne, argumenté, à notre propre sujet. Nous nous le répèterons systématiquement, comme un disque qui passe en boucle, et nous finirons par croire toute cette imagerie mentale au point d’en faire notre identité, en disant par exemple : “je n’ai pas de chance dans la vie”, je suis quelqu’un qui a mal et qui souffre“, “je ne mérite pas de me sentir bien”, “je ne suis pas digne d’être heureux”, “si je ne souffre pas ça n’a aucune valeur”, etc. Et cela continuera de renforcer le mécanisme bien huilé de la souffrance en boucle, encore et encore, en produisant des réponses inappropriées à nos circonstances.  🙁 Nous aurons créé notre propre corps de souffrance, cette entité mentale auto-générée par le bavardage négatif que nous entretenons au sujet de nos douleurs.

L’acceptation des choses, telles qu’elles sont, nous aide à rompre ce cercle vicieux. l’acceptation nous entraine à savoir comment poser “l’acte juste”, c’est-à-dire comment nous comporter de façon aussi appropriée que possible, au milieu de nos circonstances. Comment?

L’acceptation est une attitude dynamique et proactive

L’acceptation de ce qui est – certains préfèreront parler de “reconnaissance de ce qui est” – n’est pas d’une attitude de résignation ou de soumission. Il ne s’agit pas non plus d’un comportement exprimant de la passivité ou de l’abandon. Le fait de permettre à mes émotions douloureuses d’exister dans ma vie, ici et maintenant, le fait de constater que des changements permanents, inattendus et parfois non désirés se produisent chaque jour dans mon corps, mes relations, mes projets ne signifie pas que je n’agis pas. 😉 L’acceptation n’a rien à voir avec la passivité.

Accueillir les choses telles qu’elles sont, c’est au contraire une attitude dynamique, proactive, qui considère l’importance de donner de l’espace à ce qui est présent afin de faire un choix en pleine conscience sur la façon de répondre à ce qui se présente. L’attitude inverse qui consiste à saisir, ignorer ou refuser les sensations, émotions ou pensées désagréables peut avoir, à la longue, des conséquences dramatiques pour l’équilibre personnel et la santé. Pourquoi? Parce que cette attitude de déni ou de refus – souvent inconsciente – installe des comportements automatiques, des réactions qui nous confortent dans le fameux “mode zombie“. Ce mode de fonctionnement nous pousse à vivre à l’aveuglette car il ne tient compte ni des sensations et ressentis réellement présents, ni de leurs précieux messages pour conduire notre vie de façon éclairée. En fait, dans ce mode qui s’oppose à l’acceptation, nous agissons quasi systématiquement à l’encontre de nos besoins réels.

Pratiquer l’acceptation des choses telles qu’elles sont permet d’accueillir toute expérience – telle qu’elle se présente, dans l’instant – afin de lui donner l’attention et l’espace nécessaire pour qu’elle se déploie dans la conscience. On découvre alors, par exemple, que les ressentis qui accompagnent certaines expériences désagréables ne durent pas éternellement, que tout est impermanent et finit par passer. Une fois de plus, cela permet de se relier à chaque expérience d’une façon très différente de ce que produit le mode automatique qui saisit, ignore ou rejette les sensations, émotions ou pensées liées à un événement. Avec la pratique et le temps, il devient possible de laisser tout l’espace nécessaire à la manifestation des ressentis corporels – y compris désagréables – sans en être durablement affecté.

Comment l’acceptation réinitialise le système

Pour rompre le cercle vicieux, réinitialiser notre système interne de penser et installer un nouveau logiciel vertueux, l’acceptation doit devenir une véritable pratique quotidienne. C’est la clef pour cesser de vous blâmer, de vous dénigrer et de vous mésestimer. À chaque fois que vous pratiquer la méditation pleine conscience, vous vous offrez un temps pour vous, pour vous entrainer à l’acceptation inconditionnelle qui est, disons-le, à la base du véritable amour.

En pratiquant l’acceptation dans la méditation, vous constatez d’abord les endroits du corps où des douleurs se sont installées durablement. Vous observez, sans les juger, les émotions désagréables que cela suscite et les pensées critiques qui surgissent par dizaines à ce sujet. Et puis vous acceptez intentionnellement le fait qu’il y a de la douleur ici et là, des émotions désagréables et des pensées critiques… C’est un fait! C’est une réalité pour vous ici et maintenant. Puis vous ramenez doucement votre attention à la simple observation attentive de cet endroit du corps, là où il y a de la douleur, comme pour l’écouter, pour l’accueillir. En constatant son existence au lieu de la fuir ou de la rejeter, en lui faisant face avec bienveillance, en la reconnaissant, vous lui donnez de l’espace. Un espace dans lequel elle peut, instant après instant, inspiration après expiration, se dissoudre.  🙂

Au début vos sensations, vos émotions et vos pensées parasiteront grandement la pratique. Et puis, au fil du temps, dès que vous accepterez inconditionnellement la présence de ce qui est là, vous constaterez que la douleur diminue, qu’elle se transforme et disparaît… puis réapparait avant de disparaître à nouveau… Cela peut durer un certain temps et ça n’a aucune sorte d’importance. Vous serez avec votre douleur et votre expérience en sera totalement modifiée. Vous ne chercherez plus à saisir, à rejeter ou à modifier ce qui est là, juste à l’accepter pleinement, tel quel. Cette acceptation sera comme un acte d’attention et d’amour inconditionnel envers vous-même. La voix de votre bavard intérieur perdra de son influence et votre corps de souffrance entamera une cure d’amaigrissement. 😀  Vous auto-générerez moins de souffrance et vous sentirez beaucoup plus libre dans votre quotidien.

Comme le montre les recherches scientifiques, la perception de votre douleur diminuera au point, parfois, de complètement disparaitre pour un temps ou pour longtemps. Votre seuil de résistance à la douleur augmentera en même temps que votre capacité à identifier votre corps de souffrance. Vous aurez alors découvert la puissance de l’acceptation des choses telles qu’elles sont et non telles que vous voudriez qu’elles soient.

À demain pour le septième pilier : le lâcher-prise.

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Monsieur Mindfulness

Jean-Marc Terrel anime des conférences, ateliers, stages, programmes MBSR et retraites de méditation pleine conscience en France et à l'étranger. C'est l'un des principaux acteurs de la discipline en France et dans la francophonie avec plus de 135.000 abonné•e•s (en décembre 2017) sur les réseaux sociaux. Coach professionnel certifié, psychopraticien en gestion du stress, formateur en PNL et instructeur MBSR en cours de certification, il mêle savoir-être et savoir faire avec douceur et bienveillance afin de créer un cadre propice au changement et à la connaissance de soi, dans le
respect des croyances de chacun.
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